Bibliographie pédagogique

Quelques résumés d’article que nous avons jugés intéressants

L’ipilimumab (1)
Hodi FS, O’Day SJ, McDermott DF, Weber RW, Sosman JA, Haanen JB et al. Improved survival with ipilimumab in patients with metastatic melanoma. N Engl J Med 2010 ;363 :711-23.

C’est la première molécule ayant montré en 2010 un allongement de la survie globale de patients atteints de mélanome métastatique. Dans une étude de phase III conduite dans 125 centres (13 pays), 676 patients ont été randomisés en double aveugle dans 3 bras :
  • ipilimumab seul à la dose de 3 mg/kg (137 patients)
  • vaccination par gp100 (136 patients)
  • association des 2 (403 patients).
  • Le critère de jugement principal était la survie globale. L’ipilimumab permettait, en association avec le gp100 un allongement significatif de la survie des patients (10,0 mois) en comparaison à la vaccination par gp100 seul (survie moyenne 6,4 mois). La survie globale moyenne dans le groupe recevant l’ipilimumab seul était de 10,1 mois. Les principaux effets secondaires rapportés avec l’ipilimumab étaient gastro-intestinaux (diarrhées, nausées) généraux (fatigue, manque d’appétit) et auto-immuns (dermatologiques, endocriniens). Quatorze décès en lien avec le traitement étaient rapportés dans l’étude.

    L’ipilimumab (2)
    Robert C, Thomas L, Bondarenko I, O’Day S, Weber J, Garbe C et al. Ipilimumab plus dacarbazine for previously untreated metastatic melanoma. N Engl J Med 2011;364:2517-26.

    Une seconde étude comparant l’association ipilimumab (à la dose de 10 mg/kg) et dacarbazine (à la dose de 850 mg/m2) à la dacarbazine seule chez des patients en première ligne métastatique de mélanome a été publiée en 2011. Cette étude randomisée en double aveugle a inclus 502 patients. Le critère de jugement principal était la survie globale. Le taux de survie à 1, 2 et 3 ans était significativement supérieur dans le groupe recevant l’ipilimumab (20,8% à 3 ans vs 12,2% à 3 ans dans le groupe recevant seulement la dacarbazine). Les effets secondaires sévères (de grade III ou IV) étaient significativement plus fréquents dans le groupe ipilimumab + dacarbazine. Aucun décès ou perforation intestinale n’était rapporté dans cette étude.

    Rédacteur des résumés: Mélanie Saint Jean


    Amélioration de la survie des patients atteints de mélanome métastatique avec le vemurafenib
    Chapman PB, Hauschild A, Robert C, Haanen J, Ascierto P, Larkin J et al. Improved survival with Vemurafenib in melanoma with BRAF V600E mutation. N Engl J Med 2011;364(26):2507-16.

    La protéine BRAF appartient à la voie des MAPkinases. La mutation BRAF est retrouvée dans 40 à 60% des mélanomes cutanés et il s’agit dans 90% des cas de la mutation V600E (substitution d’un acide glutamique par une valine). Cette mutation aboutit à une activation permanente de la voie d’aval et notamment de ERK qui permet la prolifération cellulaire et la survie des cellules de mélanome. Cet essai de phase 3 compare le vemurafenib à la dacarbazine (traitement de référence du mélanome métastatique jusqu’alors) chez 675 patients atteints de mélanome métastatique (stade IIIC ou IV) en première ligne thérapeutique. L’objectif principal est double : survie globale et survie sans progression. A 6 mois de traitement, la survie globale est de 84% dans le groupe vemurafenib et 64% dans le groupe dacarbazine (p<0.001). Le traitement par vemurafenib était associé à une réduction relative du risque de décès de 63% et une réduction du risque de progression de 74%. Cet effet bénéfique était noté dans tous les sous-groupes. En termes de tolérance, les principaux effets secondaires rapportés étaient : l’asthénie, les arthralgies, la photosensibilité et l’apparition de lésions cutanées (carcinome épidermoïde, kérato-acanthome). Les mécanismes de résistance au vemurafenib restent à élucider.

    En ce qui concerne les effets secondaires potentiels, l’équipe de Lyon a également rapporté dans une lettre à l’éditeur l’apparition de mélanome chez 5 patients traités par vemurafenib. Le diagnostic était suspecté au dermatoscope et confirmé histologiquement.
    Dalle S, Poulalhon N, Thomas L. Vemurafenib in melanoma with BRAF V600E melanoma. N Engl J Med 2011;365(15):1448-9.

    Enfin, le vemurafenib pourrait avoir une action sur les métastases cérébrales de mélanome. Dans un poster présenté à l’ASCO en 2011, les auteurs rapportaient les résultats d’une étude ouverte d’un traitement par vemurafenib de patients avec des métastases cérébrales non résécables et déjà traités par radiothérapie ou chimiothérapie. Quatre patients ont été inclus, l’évaluation de l’efficacité était connue pour 2 d’entre eux : une réponse partielle et une réponse mineure. Une autre équipe américaine a publié le cas d’une patiente de 16 ans présentant un tableau d’hypertension intracrânienne en lien avec une localisation cérébrale métastatique de mélanome. Le traitement par vemurafenib a permis une « nette diminution » des cibles cérébrales et la patiente a pu reprendre sa scolarité. Ces résultats nécessitent évidemment d’être confirmés par des études à plus grande échelle.
    Dummer R, Rinderknecht J, Goldinger SM, Wagner I, Mitchell L, Veronese M et al. An open-label pilot study of vemurafenib in previously treated metastatic melanoma patients with brain metastases. J Clin Oncol 2011;29(S):abstract 8548.
    Rochet NM, Kottschade LA, Markovic SN. Vemurafenib for melanoma metastases to the brain. N Engl J Med 2011;365(25):2439-41.


    Rédacteur des résumés: Mélanie Saint Jean


    Reduced melanoma after regular sunscreen use: randomized trial follow-up.
    Adèle C Green, Gail M Williams, Valerie Logan, Geoffroy M Strutton.
    JCO 2010;29(3):257-6.

    Cette étude a retrouvé une diminution du nombre de mélanomes diagnostiqués en 14 ans chez des patients ayant appliqué quotidiennement de la crème solaire pendant 4 ans.
    Cette étude faisait suite à une analyse de pratique australienne qui avait recherché l’impact sur le nombre de carcinomes diagnostiqués de l’application quotidienne pendant 4 ans de crème solaire SPF16 sur les zones photo-exposées. Le groupe contrôle continuait à appliquer de la crème solaire selon ses habitudes. 1621 patients de 26 à 72 ans avaient été inclus en 1992. L’analyse en fin d’étude avait montré une diminution du nombre de carcinomes spinocellulaires en cas d’application quotidienne de crème solaire.
    L’étude récente était basée sur le recueil des cas de mélanomes diagnostiqués chez ces patients pendant les 4 années de la période interventionnelle, puis les 10 années suivantes. 89% des patients ont pu être suivis à 10 ans, 173 (11%) étant décédés et 2 ayant retiré leur consentement. Si 75% des patients du groupe crème solaire et 62% de ceux du groupe contrôle appliquaient de la crème solaire pendant les 4 ans de l’étude interventionnelle, ils n’étaient plus que 25% du groupe crème et 18% du groupe contrôle (p=0.004) à en appliquer pendant les 10 années suivantes. Les patients du groupe contrôle appliquaient la crème solaire majoritairement de façon occasionnelle : 1 à 2 fois par semaine.
    Pendant les 14 ans de l’étude, 33 mélanomes ont été diagnostiqués dont 19 in situ. L’application quotidienne de crème solaire a permis une diminution significative du nombre de mélanomes invasifs (p=0.045) et à la limite de la significativité du nombre total de mélanomes (p=0.051), et ce malgré la diminution importante d’application de crème solaire dans les 2 groupes après les 4 ans initiaux. Le nombre de mélanomes invasifs était inférieur de 73% dans le groupe crème solaire : 3 versus 11. Le breslow moyen des mélanomes du groupe crème était significativement inférieur à celui du groupe contrôle (p=0.08) : 0.53 mm versus 1.2 mm. La diminution du nombre de mélanomes était observée également dans les zones non exposées où la majorité des patients n’appliquaient pas de crème (75% des patients du groupe crème et 92% des patients du groupe contrôle pendant les 4 premières années).

    Rédacteur du résumé: Lucie Peuvrel


    Psychological responses and coping strategies among patients with malignant melanoma.
    Nadine A. Kasparian, BA, PhD; Jordana K. McLoone, PhD; Phyllis N. Butow, MPH, PhD

    Il s’agit d’une revue de la littérature de 1988 à 2008 s’intéressant à la description de la souffrance psychologique des patients atteints de mélanome et aux stratégies d’adaptation mises en place.

    Nous savons bien que la détresse psychologique des patients peut avoir un impact sur leur vie quotidienne, mais également sur la qualité de leur prise en charge. Certaines études suggèrent même qu’elle pourrait jouer sur certaines populations de lymphocytes NK (natural killers), voire sur les taux de récidive et de survie.

    Cet article s’appuie sur la notion de « coping strategies » qui est de plus en plus utilisée, mais n’a pas de traduction française satisfaisante. Elle regroupe les états d’esprit, les croyances et les comportements qui ont pour objectif l’adaptation psychologique à une situation menaçante. On en décrit trois principaux types : les stratégies actives comportementales, comme l’implication dans des associations de patients, les stratégies actives cognitives mettant en jeu des réflexions sur la pathologie et les stratégies d’évitement, qualifiées de passives.

    L’article est concentré sur 4 axes :
    - Estimation de la prévalence de la souffrance psychologique chez les patients atteints de mélanome,
    - Comparaison de cette prévalence à celle retrouvée dans les populations ayant un risque génétique accru de développer un mélanome,
    - Recherche des facteurs de risques de difficultés psychologiques
    - Etude des différentes stratégies d’adaptation (« coping strategies ») mises en place par les patients et de leur efficacité.

    Pratiquement le tiers des patients atteints de mélanome doivent faire face à une détresse psychologique, avec des taux curieusement proches dans les stades précoces et métastatiques. Les symptômes d’anxiété sont plus fréquents que ceux de dépression.

    Seules deux études se sont intéressées aux sujets appartenant à des familles à haut risque (mutations du gène CDKN2A ou p16-Leiden), avec ou sans antécédent personnel de mélanome. Elles retrouvent étonnamment des taux d’anxiété et de dépression superposables à la population générale.

    Plusieurs facteurs de risque de développer des difficultés psychologiques ont pu être retenus :
    - Facteurs démographiques : sexe féminin, jeune âge, célibat, faible niveau d’éducation, absence d’emploi.
    - Facteurs cliniques : altération de l’état général, atteinte de parties découvertes. Les données concernant le stade de la maladie sont contradictoires.
    - Facteurs psycho-sociaux : isolement social, perception du mélanome comme menaçant, confiance altérée dans les capacités d’adaptations personnelles.
    Au contraire, la présence d’une spiritualité est corrélée à une bonne qualité d’adaptation psychologique, avec une utilisation accrue des stratégies de défense actives.

    L’utilisation des stratégies d’adaptation actives, c’est-à-dire dans lesquelles le patient se confronte directement à son traumatisme, sont plus efficaces. Elles sont plus utilisées par les patients qui sont confrontés à un stade avancé de leur maladie.

    Au total, la prévalence élevée des difficultés psychologiques et leur retentissement chez les patients suivis pour un mélanome, incitent à faire pratiquer facilement des évaluations psychologiques de routine. Cependant, cibler les patients les plus à risque serait utile pour leur proposer un suivi spécialisé particulièrement attentif, mais l’on manque d’un outil de dépistage simple d’utilisation. Certains suggèrent de proposer ce suivi à tout patient exprimant une détresse psychologique, bénéficiant d’un soutien social limité ou rencontrant des difficultés dans sa vie quotidienne en lien avec sa tumeur.

    Rédacteur du résumé: Lucie Peuvrel


    Ultrasound Morphology Criteria Predict Metastatic Disease of the Sentinel Nodes in Patients With Melanoma.
    Christiane Voit, Alexander C.J. Van Akkooi, Gregor Scha¨fer-Hesterberg, Alfred Schoengen, Katharina Kowalczyk, Joachim C.
    Roewert, Wolfram Sterry, and Alexander M.M. Eggermont


    Cet article étudie l’aspect échographique pré-opératoire d’adénopathies de l’aire de drainage dans le cadre de procédures du ganglion sentinelle : elle cherche à préciser les critères prédictifs d’envahissement ganglionnaire en confrontant l’aspect échographique pré-opératoire et le résultat histologique de l’adénectomie chez 400 patients.
    Cela a permis de dégager clairement 3 critères échographiques indépendants statistiquement associés à un envahissement métastatique. Les 2 critères les plus spécifiques sont tardifs car corrélés à la masse tumorale : la perte d’échogénécité centrale (ou son déplacement vers la périphérie) et la forme arrondie du ganglion. Le dernier critère est plus sensible, précoce et persistant, lié à une masse tumorale inférieure : la présence d’une perfusion périphérique. Il est intéressant de noter que la taille de l’adénopathie n’est pas un critère pertinent pour identifier les adénopathies suspectes.

    Rédacteur du résumé: Lucie Peuvrel


    Final Version of 2009 AJCC Melanoma Staging and Classification.
    Charles M. Balch, Jeffrey E. Gershenwald, Seng-jaw Soong, John F. Thompson, Michael B. Atkins, David R. Byrd, Antonio C. Buzaid, Alistair J. Cochran, Daniel G. Coit, Shouluan Ding, Alexander M. Eggermont, Keith T. Flaherty, Phyllis A. Gimotty, John M. Kirkwood, Kelly M. McMasters, Martin C. Mihm Jr, Donald L. Morton, Merrick I. Ross, Arthur J. Sober, and Vernon K. Sondak

    La 7ème version de la classification AJCC du mélanome a été publiée fin 2009 et doit désormais être utilisée. Elle est très proche de la précédente version de 2001. Les quelques modifications sont détaillées ci-dessous.
    Au stade local pour les mélanomes de moins d’un millimètre de Breslow, c’est l’index mitotique qui est désormais retenu comme facteur pronostic, en remplacement du niveau de Clark qui disparaît totalement de la classification. Le passage du stade T1a au stade T1b est donc défini par la présence d’au moins une mitose par mm2 ou par celle d’une ulcération.
    Au stade ganglionnaire, les adénopathies métastatiques peuvent être authentifiées par un examen anatomo-pathologique, mais également par hybridation in situ seule, sans limite inférieure de taille du foyer métastatique.
    Cet article permet également d’avoir une estimation du pronostic des patients atteints de mélanome pour chaque stade, calculé à partir de l’étude de plus de 38 000 patients.

    Rédacteur du résumé: Lucie Peuvrel


    Lits autobronzants et les lampes à bronzer et risques de cancers cutanés
    Tannings beds, sunlamps, and risk of cutaneous malignant melanoma.
    Gallagher RP, Spinelli JJ, Lee TK.
    Cancer Epidemiol Biomakers Prev 2005 ; 14 :562-6.

    Il est classiquement admis que l’exposition aux UV, surtout artificiels, augmente le risque de survenue de cancers cutanés. Cependant, en période hivernale froide et humide, les lits autobronzants et les lampes à bronzer sont utilisés, parfois de manière prolongée, par des femmes et des hommes jeunes, dans le but de recréer un bronzage artificiel et donner « bonne mine ». Que dire aux patients qui nous posent la question de l’importance du risque de survenue de mélanome lors d’exposition aux lampes à UV ? Jusqu’à présent a-t-il été clairement démontré que cette exposition intermittente aux UV pouvait représenter un facteur de risque de survenue de cancers cutanés et notamment de mélanome ?
    Une méta-analyse très intéressante, regroupant 9 études cas-témoins et 1 étude de cohorte, a été publiée récemment sur cette question. Les objectifs étaient
    • d’estimer le risque de survenue de mélanome dans une population de sujets s’exposant aux lampes à UV comparé à des sujets ne s’étant jamais exposés
    • d’évaluer si la précocité de cette exposition aux UV artificiels, la durée ou la fréquence pouvaient avoir un impact sur le risque de survenue de mélanome.
    Malgré la grande hétérogénéité des études (critères mesurés, types de lampes à UV) liée au fait qu’elles étaient réalisées sur une longue période (entre 1984 et 2004), l’ analyse des odd ratios permet de conclure à une augmentation modérée mais significative du risque de mélanome (OR : 1,25 avec 95% d’intervalle de confiance) chez les sujets exposées aux lampes à UV. Ceci apparaît d’autant plus vrai que l’exposition débute tôt dans la vie. En moyenne, l’âge de début se situe vers 20-25 ans mais dans certaines études, l’âge moyen dans la population féminine se situe entre 10 et 19 ans ! Par ailleurs, les résultats de cette méta-analyse indiquent que l’augmentation du risque apparaît environ 10 ans après le début de l’utilisation régulière des lampes à UV.
    Ainsi, si il est difficile de déterminer précisément le risque (fonction du phototype du patient, de la fréquence d’utilisation, du délais par rapport au début d’utilisation, du type de lampes à UV…), il apparaît clairement que l’utilisation de lampe à UV augmente le risque de survenue de mélanome. Les résultats de cette étude peuvent donc nous permettre d’expliquer objectivement les risques et de mettre en garde les patients.

    Rédacteur du résumé: Fabienne Ballanger


    La connaissance du risque lié à l'utilisation des lampes UV n'empêche pas leur utilisation.
    Awareness of the risks of tanning lamps does not influence behavior among college students.
    Knight JM, Kirincich AN, Farmer ER, Hood AF.
    Arch Dermatol. 2002 Oct;138(10):1311-5.

    Cette étude avait pour objectif d'observer l'influence éventuelle de la connaissance du risque lié à l'usage des UV artificiels (carcinogène et vieillissement) sur l'utilisation des lampes UV, auprès d'une population d'étudiants. A cet effet, un questionnaire a été remis aux étudiants consultant dans le centre médical d'une université américaine de l'Indiana en septembre 1999. Quatre cent quatre vingt neuf étudiants dont 70% de filles ont répondu au questionnaire soit un taux de réponse de 95%. Quatre vingt deux pour cent avaient entre 17 et 22 ans, 61% avaient un phototype III, 29% un phototype II (selon Fitzpatrick). 1% d'entre eux avaient un antécédent personnel de cancer cutané, 29% un antécédent familial. La moitié des étudiants a déclaré avoir utilisé au moins une fois une lampe UV dans l'année précédant l'enquête (32% entre 1 à 5 fois par mois), 15% dans les années antérieures. Il n'y avait pas de différence significative concernant la connaissance de la règle ABCD pour la surveillance des naevus, le risque de vieillissement ou de cancer cutané lié aux UV, entre les utilisateurs réguliers, les anciens utilisateurs, ou les non utilisateurs d'UV. Le sexe féminin, l'idée qu'une peau bronzée est un signe de bonne santé, et l'idée que les lampes à UV sont sûres étaient des critères positivement corrélés à l'utilisation des lampes UV, de même que, plus paradoxalement, la notion d'un antécédent familial de cancer cutané. Le principal élément démontré par cette étude est que la connaissance des risques liés à l'utilisation des UV n'empêche pas leur utilisation.

    Rédacteur du résumé: Fabienne Ballanger


    Recherche d’une association entre le stade , la survie et le fait que le diagnostic ait été porté par un médecin dermatologue ou non.
    Melanoma outcomes for Medicare patients: association of stage and survival with detection by a dermatologist vs a non dermatologist.
    Pennie ML, Soon SL, Risser JB, Veledar E, Culler SD, Chen SC.
    Arch Dermatol. 2007 Apr;143(4):488-94.

    La comparaison de deux populations de patients porteurs de mélanomes diagnostiqués par un médecin dermatologue ou non dermatologue présente un grand intérêt dans le contexte actuel d’une réforme du système de santé qui met le médecin généraliste en première ligne pour diminuer les coûts de consultations.
    Il s’agit ici d’une analyse rétrospective à partir du registre national des cancers américain. 2020 sujets ayant présenté un mélanome ont été recensés et les caractéristiques suivantes ont été précisées : breslow, ulcération ou non, stade évolutif au moment du diagnostic, taux de survie et de mortalité. Le diagnostic avait été porté dans 73% des cas par un dermatologue, 27% des cas par un non-dermatologue. Les 2 groupes étaient épidémiologiquement comparables.
    Le sous-groupe diagnostiqué par un dermatologue présentait un stade évolutif plus précoce, un breslow moyen plus bas (0,86 mm versus 1 mm) et un meilleur taux de survie à 6 mois (98% vs 95%), à 2 ans (87% vs 79%) et à 5 ans (74% vs 69%). Le taux de mortalité liée au cancer était bien sur plus bas (13% vs 21%).
    Les taux prédictifs de survie retrouvés dans cette étude étaient le sexe, l’age, le stade au diagnostic, la détection par un dermatologue.
    En conclusion, il apparaît que le diagnostic par un dermatologue offre un meilleur pronostic (car plus précoce) et donc un coût financier ultérieur moindre puisque, selon cette étude, le coût des soins d’un patient stade IV soit 4 fois plus élevé que celui d’un patient en stade I.
    Il faut donc faciliter l’accès au dermatologue !

    Rédacteur du résumé: Fabienne Ballanger


    Appréhension, connaissances et comportements de photo protection chez les patients traités pour un cancer cutané, en France.
    Awareness, knowledge and attitudes towards sun protection among skin cancer-treated patients in France.
    Meyer N, Pruvost-Balland C, Bourdon-Lanoy E, Maubec E, Avri MF.
    J Eur Acad Dermatol Venereol. 2007 Apr;21(4):520-5.

    L’incidence des cancers cutanés est en progression, liée sans doute à une augmentation des expositions UV. L’incidence, en France, des carcinomes baso-cellulaires (CBC) et spino-cellulaires (CSC) est respectivement de 70/100000 et 10/100000.
    La photo protection efficace est définie comme suit : limitation des expositions solaires, port de vêtements couvrants et chapeaux, utilisation correcte de crèmes protectrices. Un auto questionnaire comportant 30 questions a été remis, en 2004, à 217 patients consécutifs, suivis pour cancer(s) cutané(s) (mélanomes ou non) à l’institut Gustave Roussy.
    198 ont été remplis, permettant les constatations suivantes :
    • 72% avaient présenté un mélanome.
    • 98% savaient que le risque de cancer était augmenté par l’exposition solaire : 41% déclaraient en avoir été informés par les médias, 32% (seulement) par le dermatologue, 20% par une relation, et 7% par un autre médecin.
    • 73% portaient des « vêtements couvrants » en cas d’exposition, mais seuls 28% utilisaient des manches longues et des pantalons !
    • 55% ne portaient pratiquement jamais de chapeau ou casquette.
    • 59% évitaient les activités extérieures à la mi-journée.
    • 22% seulement utilisaient souvent ou toujours une crème de haut coefficient, toutes les 2 heures au soleil.
    • 47% jamais !
    Il n’est pas ressorti de cette étude de lien entre la qualité de la photo protection et l’age, la possession d’un jardin, le phototype ou le type de cancer diagnostiqué.

    Les habitudes de photo protection, dans cette étude, semblent donc partiellement adaptées et restent, même chez ces patients « sensibilisés », suboptimales. Ces résultats sont très proches de ceux retrouvés dans 2 études antérieures (Canada, Australie). La photo protection vestimentaire est plus utilisée que les écrans solaires. Il est important de noter que 41% des patients disent avoir été informés par les médias. Or d’autres études ont montré que ces campagnes d’information n’avaient qu’un impact à court terme. Les obstacles probables à une photo protection correcte semblent être : sa « practicité », l’oubli des mesures de photo protection, le désir d’être bronzé, l’inconfort des vêtements couvrants. On retiendra de cette étude que la connaissance du risque n’entraîne pas systématiquement un renforcement de la photo protection . Le risque à long terme (décès, récidives à distance) est sans doute sous estimé par les patients. La taille de l’échantillon, l’existence de sous-groupes non comparables, le mélange de différents types de cancers cutanés, l’utilisation d’un auto-questionnaire, sont sans doute les principales limites de cette étude.

    Rédacteur du résumé: Fabienne Ballanger


    Interet de l’apprentissage assisté pour augmenter le rendement de l’auto-examen cutané.
    Examination of mediating variables in a partner assistance intervention designed to increase performance of skin self-examination Robinson JK, Turrisi R, Stapleton J.
    J Am Acad Dermatol. 2007 Mar;56(3):391-7

    Il s’agit ici d’une étude randomisée réalisée par une équipe de Chicago visant à évaluer l’amélioration des performances d’auto-dépistage cutané des lésions pigmentées suspectes, chez des patients à risque de mélanome, par un apprentissage assisté.
    130 patients ayant présenté un mélanome ont été convoqués.
    Tous ont reçu une formation sur les critères ABCDE, mais la moitié (65) était assistée lors de la formation.
    Une évaluation était réalisée en pré-test, post-test immédiat puis sur 4 mois.
    La performance de l’auto-dépistage était évaluée sur l’efficacité, la confiance en soi,la connaissance des risques de MM et cancers cutanés, la motivation au dépistage ou prévention, les connaissances sur le mélanome.
    Il apparaît, de façon peu surprenante que l’apprentissage assisté donne un meilleur rendement.
    Cependant, il s’agit d’échantillons de petites tailles et l’évaluation était faite à court terme.


    Rédacteur du résumé: Gwenaëlle Dumont


    Dépendance aux UV et attitude de bronzage à risque chez des étudiants
    UV light abuse and high-risk tanning behavior among undergraduate college students.
    Poorsattar SP, Hornung RL.
    J Am Acad Dermatol. 2007 Mar;56(3):375-9. Epub 2007 Jan 25.

    De nombreuses études insistent sur le lien existant entre le risque de mélanome et les expositions solaires dans l’enfance . Il existerait ainsi une sensibilité plus importante des peaux jeunes aux UV. Cependant les campagnes de prévention primaire conseillant une diminution de l’exposition solaire ne semblent pas avoir nettement modifié les habitudes de la population. Cela peut-il être lié à une dépendance aux UV (via une libération d’endorphines), de même qu’on décrit une dépendance au tabac ou à l’alcool ?
    Des questionnaires anonymes ont été remis à des étudiants non encore diplômés de Seattle, et remplis par 385 d’entre eux. Les items étaient les suivants : habitude de bronzage personnelle, familiale et au sein du cercle d’amis, antécédents familiaux de cancers cutanés. Le questionnaire, calqué sur des modèles de recherche d’addiction (CAGE) étudiait également la dépendance aux UV (désir d’arrêter culpabilité, etc..,) . Cette étude retrouve 18% d’addiction vraie chez les étudiants pratiquant le bronzage (extérieur ou en cabine). Plus le niveau de dépendance est grand plus les attitudes de bronzage sont à risque. Etonnement, la présence d’un antécédent familial de cancer est liée à une tendance augmentée à rechercher le bronzage. Il y aurait donc peu d’impact de l’expérience personnelle. Le but avoué de ces étudiants est la détente, l’amélioration de l’état de santé et de l’humeur.

    Cette étude montre :
    1. Qu’il existe une vraie dépendance aux UV.
    2. Que les techniques de prévention primaire devraient évaluer cet état de dépendance et la motivation au changement d’attitude de façon plus INDIVIDUELLE.
    3. Il faudrait éventuellement interdire l’accès aux cabines UV aux mineurs.
    Cependant cette étude porte sur un trop petit nombre d’individus et la technique d’auto questionnaire introduit un biais supplémentaire.

    Rédacteur du résumé: Gwenaëlle Dumont


    Le mélanome de la tête et du cou est-il une entité à part?
    B.Hoersch, U.Leiter and C.Garbe.
    British Journal of Dermatology 2006; 155: 771-777.

    Il s’agissait dans cette étude de comparer les caractéristiques cliniques et pronostiques des mélanomes de la tête et du cou. 844 mélanomes de ces régions et 4858 mélanomes d’autre localisation étaient inclus.

    Les patients atteints de Mélanome de la tête ou du cou étaient plus souvent des hommes, et d’âge moyen plus élevé ; Il n’a pas été retrouvé de différence significative de survie globale à 10 ans entre ces deux groupes. Celle-ci était de 84,6% pour les localisations de la tête ou du cou, et de 87 ;8% pour les autres localisations.

    Rédacteur du résumé: Gwenaëlle Dumont


    Le mélanome occulaire
    Ocular Melanome. A review and the relationship to cutaneous melanoma.
    Eva A ; Hurst, J. William Harbour, Lynn A. Cornelius.
    European Journal of Dermatology 2003;13(5): 482-6

    Cet article est une très bonne mise au point sur le mélanome oculaire, son épidémiologie et son histoire naturelle. Par ailleurs les auteurs discutent des liens entre mélanome oculaire, mélanome cutané et syndrome des naevi atypiques, à partir des dernières données de la littérature.

    Rédacteur du résumé: Gwenaëlle Dumont



    Dernière modification le 26/01/12 par Le bureau du Réseau Mélanome Ouest
    L’auteur n’a pas transmis de liens d’intérêts concernant les données diffusées sur ce site.